Biopouvoir et paysage

(...) Le biopouvoir a construit un modèle de vie et d'homme qui les conçoit comme des agrégats d'organes,  agrégats de parties à gérer. L'humanité prétend revenir à un homme qui récupère sa dignité en faisant appel à un retour de la morale. Selon nous, il s'agirait plutôt de penser en termes d'organisme unifié, en se demandant ce qu'est un organisme qui ne s'identifie pas à la figure de l'individu, mais peut être pensé au contraire comme un mixte toujours lié aux paysages et aux situations qui le composent. (...)

(...) S'il y a là un récit, un mythe, c'est qu'en réalité une société n'est pas faite d'individus autonomes, isolés, divisés en forts et faibles. Elle est faite d'êtres humains qui toujours composent, entre eux et avec leur environnement, et jamais ne sont en capacité d'agir individuellement. Le handicap remplit donc un rôle fondamental dans l'imaginaire de notre société: il nous permet de croire que certains, parce que plus proches de la norme, n'auraient besoin de personne. Sauf que la norme n'est rien, c'est un lieu vide; c'est d'ailleurs pourquoi nous avons besoin du handicap. Il nous permet de "parquer" cette fragilité.

Miguel Benasayag "La santé à tout prix. Médecine et biopouvoir" (Bayard)

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