Le corps contemporain

Le monde privilégié pris possession du corps comme d'un vecteur de sens, un pourvoyeur d'identité. Une idéologie marque les silhouettes, créant déjà apparentements et discriminations et en laissant supposer d'autres à venir, en fonction de l'accès aux soins, à la diététique, à la chirurgie.Le corps idéal à ses critères: performant, bien sûr, les analyses ne manquent pas de la diffusion de l'idéologie de la performance dans toutes les strates de la société, en particulier le travail, l'école, le sport; soigné , et il faut bien entendre par ce terme les deux sens de "soin" et de "souci de soi", "souci des apparences"; "bien nourri", la diététique illustrant, entre autres, cette  médicalisation du "mieux vivre"; bien entrainé , car il n'y aura pas de corps performant sans une pratique sportive, témoignant de la maîtrise et de la sculpture de soi. La demande de soins s'étend jusqu'aux détails les plus infimes de notre être, saisissant le corps comme emblème d'une optimisation de soi dont la planification méticuleuse garantit le succès. La santé et la réussite escomptée, non pas une santé minimaliste, celle de l'économie des souffrances- déjà tellement noble en soi- mais une santé maximaliste, construite, apte à décupler sensations, estime de soi et maîtrise du temps imparti. (...)

La santé apparaît comme une préoccupation sociale, individuellement intériorisée, à laquelle il est suspect, voire répréhensible de se soustraire. Elle acquiert valeur de norme.(...) La norme ici n'est plus tant celle que la rationalité scientifique pourrait produire quant au corps, quant à la frontière entre santé et maladie. Elle est une norme comportementale qui pose la question de l'intégration sociale et économique. Elle fait surgir de nouvelles culpabilités, dont on peut rappeler le principe: la transformation de l'erreur en faute, l'attribution et / ou l'intériorisation de la responsabilité de cette faute et la désignation d'un coupable.

(...) le corps est mon rapport au temps. Il est mon expérience de la temporalité et je mange en ayant à l'esprit, aujourd'hui, cette durée. Que cette expérience identitaire se conjugue et soit organisée par le processus rationnel, càd que se téléscopent la fragilité du "corps propre" et l'impérieuse rationalité du destin personnel qui lui est confié, est un trait significatif du contemporain.

(...) pour le corps comme pour l'esprit, pour la médecine générale comme pour la psychiatrie, le langage des maux est aussi délimitation, localisation, territorialisation. Les mots indiquent les maux, tandis que les maux suggèrent de nouveaux mots, comme de nouveaux territoires. Le dire accentue la connaissance de soi, le langage verbalise l'autrefois indicible.Ainsi se sont enrichis, en miroir, la géographie de la douleur et le vaste champ des pathologies

Isabelle Queval "Le corps aujourd'hui"

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