Parler la maladie

"( ...) "Canguilhem déjà, en 1943 dans Le normal et le pathologique , considère que la maladie donne à la vie une autre allure, la maladie est pour l'individu "une vie nouvelle"(...). Il écrit " Chercher la maladie au niveau de la cellule, c'est confondre le plan de la vie concrète où la polarité biologique fait la différence de la santé et de la maladie et le plan de la science abstraite où le problème reçoit une solution". (...) A vouloir méconnaître que le patient est d'abord un être parlant qui historise singulièrement dans son discours ce qui lui arrive, la médecine moderne, techno-scientifique, homogénéise la souffrance, la dépouille de ses contingences concrètes et historiques, annule le malade pour le réduire à une pure fonction épidémiologique de support d'une maladie. (...)

(...) le sujet excède sa maladie, comme la maladie excède le malade et ce sont les effets de ces excès réciproques qui produisent le vacillement des limites de l'identité comme l'inquiétante étrangeté du corps. Ce vacillement expose toujours davantage le sujet à la nudité d'une pensée qui se dérobe et qui se trouve ainsi ouverte à l'avenir d'une expérience de l'inconnu comme aux effets de sidération traumatique qu'elle encourt. Là est la véritable expérience de la souffrance du malade, sa véritable douleur, qui l'expose  infiniment à la nudité d'une expérience d'excision subjective.(...)

Roland Gori /  Marie-José del Volgo "La santé totalitaire. Essai sur la médicalisation de l'existence" Champs Flammarion (2005)

Georges Canguilhem "Le normal et le pathologique "(Puf 1966)

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