Biopouvoir et paysage

(...) Le biopouvoir a construit un modèle de vie et d'homme qui les conçoit comme des agrégats d'organes,  agrégats de parties à gérer. L'humanité prétend revenir à un homme qui récupère sa dignité en faisant appel à un retour de la morale. Selon nous, il s'agirait plutôt de penser en termes d'organisme unifié, en se demandant ce qu'est un organisme qui ne s'identifie pas à la figure de l'individu, mais peut être pensé au contraire comme un mixte toujours lié aux paysages et aux situations qui le composent. (...)

(...) S'il y a là un récit, un mythe, c'est qu'en réalité une société n'est pas faite d'individus autonomes, isolés, divisés en forts et faibles. Elle est faite d'êtres humains qui toujours composent, entre eux et avec leur environnement, et jamais ne sont en capacité d'agir individuellement. Le handicap remplit donc un rôle fondamental dans l'imaginaire de notre société: il nous permet de croire que certains, parce que plus proches de la norme, n'auraient besoin de personne. Sauf que la norme n'est rien, c'est un lieu vide; c'est d'ailleurs pourquoi nous avons besoin du handicap. Il nous permet de "parquer" cette fragilité.

Miguel Benasayag "La santé à tout prix. Médecine et biopouvoir" (Bayard)

Publié dans la fragilité, le handicap, le lien

Vulnérabilité

Seul un moi vulnérable peut être responsable. Seul un moi acceptant sa passivité de vivant et admettant que sa volonté soit mise en échec, que l'autre comme tel échappe à son pouvoir et à sa connaissance, est capable d'accompagner un être qui incarne cette vulnérabilité de manière extrême et de témoigner que, malgré l'ensemble de ces déficits, il est un autre homme, que sa dignité est donnée, que sa transcendance est intacte.

(...) c'est l'altération de mon corps, donc de la fragilité du vivant, qui rend possible l'ouverture  à l'autre à la fois comme besoin de l'autre et comme responsabilité pour l'autre (...)

(...) la compassion annonce la responsabilité qui est l'expérience d'une altérité en soi dont seul un être vulnérable est capable. (...)

(...) le concept central qui permet de saisir l'humanité de l'humain et peut-être le sens d'une vie proprement humaine est le concept de responsabilité.

(...) La responsabilité n'est pas une avoir ou une fonction, elle n'est pas une obligation, (...) elle concerne l'identité même de l'homme.

Corinne Pelluchon "Eléments pour une éthique de la vulnérabilité"  (Ed du Cerf)

Publié dans l'autre, la responsabilité

La vulnérabilité

" Nous appelons éthique de la vulnérabilité cette triple expérience de l'altérité qui permet de concevoir le rapport de l'homme à autrui selon deux modalités essentielles de l'ouverture à l'autre: la responsabilité pour l'autre et le besoin de l'autre. Cette altérité en soi ne se borne pas à la rencontre entre moi et l'autre ou au rapport patient / soignant, mais elle renvoie ultimement à ma non-indifférence aux institutions politiques et au monde public. Celui-ci n'est pas un simple décor ni un carcan dont je doive m'extraire pour atteindre ma vérité, mais il est le lieu de la découverte de moi et des valeurs auxquelles je tiens et que ma communauté politique reflète ou, au contraire, qu'elle ne respecte pas."

Corinne Pelluchon "Eléments pour une éthique de la vulnérabilité" ( Ed du Cerf, 2011)

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Publié dans l'autre

Pratiquer

(...) Cette notion d’exercice est donc centrale. Qu’est-ce qu’un exercice ? C’est, en définitive, une pratique qui a des effets par elle-même, et par sa répétition. Elle ne reposera pas sur une essence, qui serait donnée une fois pour toutes, puisqu’il faut se servir de ce qui nous constitue (corps, esprit « corps-esprit »), l’exercer pour qu’il produise ses effets (par exemple, le bonheur). Elle n’aura pas non plus de but en dehors de soi. Ce n’est pas qu’elle ne puisse rien produire, elle peut donner des œuvres, mais son œuvre sera en outre dans son exercice, dans sa pratique même. On n’en aura donc jamais fini, et il faudra toujours reprendre, non pas dans le but d’atteindre un performance, mais dans celui, qui n’a rien de répétitif, de poursuivre l’exercice lui-même, qui sera toujours nouveau, puisqu’il ne vaut qu’en acte, puisqu’il ne donne son bienfait qu’en étant toujours refait

Frédéric Worms "Revivre"

Publié dans l'exercice - la pratique

La relation

(...) que veut dire ici  ce mot "relationnel"? (...) Il ne veut pas dire que les cerveaux de ceux qui sont sains, qui soignent prennent le relais ou même le pouvoir, sur celui des autres, pensent et décident à leur place. Il veut dire, au contraire, que l'on peut , et que l'on doit continuer à prendre en compte la singularité irréductible de celui qui n'est pas seulement un corps, ou un cerveau blessé, un visage devenu froid ou agité, apathique ou furieux, qui n'est plus seulement un sujet de droits, un citoyen, un homme ou une femme même si, jusque dans leur plus grand fragilité vitale, il faut les respecter pleinement en tant que tels, mais qui est encore lui ou elle, et nul autre, pour les autres, pour d'autres.En tenir compte, c'est tenir compte de tous les aspects: du maintien de sa liberté, des limites de sa souffrance, de sa résistance, mais aussi d'une relation qui reste, une relation avec lui, et qui est la condition de toutes les autres.

Frédéric Worms "Revivre. Eprouver nos blessures et nos ressources" ( Flammarion)

Publié dans le soin

Etre malade

(…) Nous voudrions que le maladie n’ait rien changé. Nous voudrions qu’elle n’ait été qu’un dérangement passager de la santé qui, par conséquent, serait notre essence, ne nous échapperait plus, pourrait avoir – et notre vie avec elle- quelque chose d’éternel. (…)

(…) Une reprise, en réponse à une réduction, et non pas un retour destiné à annuler une perturbation ; telle est la grande alternative qui permet de penser la santé et la maladie, le rapport à notre propre corps, à notre propre vie. (…)

(…) Il y a, dès lors, trois nuances à apporter à la conception de la santé comme reprise de soi, ou comme « autonormativité » : elle est un processus, en aucun cas un miracle ; une individuation en mouvement, et non pas un résultat acquis ; elle est relationnelle, non pas solitaire. Plus encore,  c’est un geste social,  voire politique, qui appelle une politique sociale, laquelle est une priorité politique. (…)

(…) Nous voudrions d’autant plus perdre jusqu’au souvenir de la maladie et du soin que le propre de la guérison consiste dans une reconquête de notre individualité et de notre autonomie. Pourtant, c’est aussi dans l’oublie de ce qui l’a rendue possible, dans l’oubli de ce qui nous a rendus vivants, individuels et autonomes, qu’il y aura une pathologie Celle-ci risque de nous faire perdre à nouveau l’autonomie qui, même réellement reconquise, n’est pas pour autant définitive. (…)

(…) Il y a, dès lors, trois nuances à apporter à la conception de la santé comme reprise de soi, ou comme « autonormativité » : elle est un processus, en aucun cas un miracle ; une individuation en mouvement, et non pas un résultat acquis ; elle est relationnelle, non pas solitaire. Plus encore,  c’est un geste social,  voire politique, qui appelle une politique sociale, laquelle est une priorité politique. (…)

(…) Nous voudrions d’autant plus perdre jusqu’au souvenir de la maladie et du soin que le propre de la guérison consiste dans une reconquête de notre individualité et de notre autonomie. Pourtant, c’est aussi dans l’oublie de ce qui l’a rendue possible, dans l’oubli de ce qui nous a rendus vivants, individuels et autonomes, qu’il y aura une pathologie Celle-ci risque de nous faire perdre à nouveau l’autonomie qui, même réellement reconquise, n’est pas pour autant définitive. (…)

Frédéric Worms "Revivre. Eprouver nos blessures et nos ressources" (Flammarion 2012)

Publié dans la maladie - la santé

Citation – Entre les plis

" le somnambule pose un pied nu devant l'autre sur le pli qui sépare le jour et la nuit, mais pas seulement"

Suzanne Doppelt- Le Pied in L'Impossible L'Autre journal n°7

Publié dans les fragments

Yannis Roger

Publié dans les photos

Les maladies neurodégénératives

-Ce que nous pouvons – ou non – faire de notre vie.

Un article polémique. Une réflexion nécessaire : Maladies neurodégénératives

Publié dans la maladie - la santé, la presse